đżâđđđđđ đđ đâđđđđąđ, lâombre du đđđđ
Juliette Bouchard-Lussier
« Il est entendu que nos aĂŻeules et nos mĂšres furent Ă©levĂ©es dans la religion du sacrifice1. » Ces mots issus de la chronique « Les sacrifiĂ©es » publiĂ©e en 1898 dans La Fronde sont ceux de Marcelle Tinayre (1870-1948), une romanciĂšre prolifique qui fut cĂ©lĂšbre Ă la Belle Ăpoque. Ăcrivaine « proche des fĂ©ministes, mais mĂ©fiantes Ă lâĂ©gard des dogmes et des extrĂ©mistes2 » â elle est lâune des premiĂšres collaboratrices du journal La Fronde et lâune des cofondatrices du prix Femina â, ses romans sont particuliĂšrement travaillĂ©s par la question de la performance des identitĂ©s genrĂ©es3. Plus prĂ©cisĂ©ment, selon MĂ©lanie E. Collado, les rĂ©cits tinayriens se caractĂ©riseraient par leur façon de rĂ©investir lâidĂ©al de la femme rassurante et maternelle tout en le remettant en cause4. Tinayre aborde donc de front lâassociation traditionnelle entre la femme et le « prendre soin » que tentent, aujourdâhui, de dĂ©passer les Ă©thiques du care.
Cette tendance apparaĂźt notamment dans LâOmbre de lâamour5 (1909), rĂ©cit suivant la trajectoire de deux personnages fĂ©minins qui endossent le rĂŽle de care givers auprĂšs dâhommes en position de vulnĂ©rabilitĂ©. Dans un village reculĂ© de CorrĂšze, Denise Cayrol, fille de mĂ©decin, soigne Jean FaviĂšres, atteint de tuberculose, alors que Fortunade Brandou, pieuse fille dâaubergiste qui rĂȘve dâentrer au couvent, entreprend dâaider Martial Veydrenne â le fils revĂȘche du sorcier-guĂ©risseur de la rĂ©gion qui sâest blessĂ© Ă la jambe â dans lâespoir de sauver son Ăąme. Sur fond des discours anticlĂ©ricaux et eugĂ©nistes du docteur Cayrol, les relations de care Ă©voluent de façon funeste : Fortunade, enceinte aprĂšs avoir Ă©tĂ© violĂ©e par Martial, se suicide, et Denise, ultĂ©rieurement au dĂ©cĂšs de Jean, accouche de leur enfant mort-nĂ©.
Si le titre, en insistant sur la part sombre, cachĂ©e, de lâamour, est annonciateur des dĂ©nouements tragiques qui attendent les hĂ©roĂŻnes, il renvoie aussi, lorsquâon se rapporte aux paroles prononcĂ©es par Jean, Ă la pitiĂ© comme simulacre pervers de lâamour6. Cette clĂ© dâinterprĂ©tation de « lâombre de lâamour » comme pĂ©riphrase de la pitiĂ© est au cĆur du roman puisque Denise et Fortunade ne cherchent pas Ă soigner Jean et Martial par affection, mais plutĂŽt par obligation morale reliĂ©e, dans le cas de lâune, Ă la profession du pĂšre, et, dans le cas de lâautre, Ă une foi catholique qui incite Ă la charitĂ©. Les deux femmes vont, de ce fait, compromettre leur bien-ĂȘtre et leur sĂ©curitĂ© sous le joug dâune « pitiĂ© mal Ă©clairĂ©e7 ». Câest cette griserie de la commisĂ©ration qui amĂšne le care Ă se retourner contre celles qui le prodiguent. LâĆuvre permet ainsi de rĂ©flĂ©chir aux liens qui unissent care, Ă©rotisation et sacrifice, Ă travers des destinĂ©es qui, bien quâelles semblent soumises Ă lâĂ©goĂŻsme du dĂ©sir masculin, laissent poindre une rĂ©flexion audacieuse sur la possibilitĂ© dâune rĂ©appropriation du « prendre soin » par les femmes.
Le don excessif de soi : de la mĂšre Ă lâamante
En portant secours Ă Jean, Denise en vient Ă incarner simultanĂ©ment la figure de la mĂšre et celle de lâamante, mettant par-lĂ en lumiĂšre le danger de lâĂ©rotisation dans le contexte intime engendrĂ© par les relations de care. Le vingt-troisiĂšme chapitre du roman pousse Ă son paroxysme cette association entre care et sexualisation lorsque lâaide-soignante et le malade sâunissent charnellement aprĂšs des fiançailles informelles :
Ils ne se voient pas ; ils nâont pas conscience des gestes de leur dĂ©lire. Denise tient Jean contre son sein, elle le cache en elle, dans ses bras nus, sous ses cheveux, comme pour le dĂ©fendre, dâun geste, malgrĂ© tout chaste et maternel⊠Elle lui verse la chaleur de son sang et son souffle⊠Ăperdument, elle baise ses joues et ses yeux, sa fiĂšvre et ses larmes. Elle met son corps vierge, comme naguĂšre elle mettait son Ăąme, entre la mort et lui. (OA, 312)
Cette scĂšne oĂč la « nature divinement maternelle » (OA, 298) de Denise subsiste Ă mĂȘme le coĂŻt pousse le don de soi Ă une extrĂȘme limite : dans « lâivresse du sacrifice » (OA, 322), elle se soumet corps et Ăąme aux besoins du malade, frelatant par le fait mĂȘme son intĂ©gritĂ© physique et sentimentale. La « vieille fille » sâunit Ă lâhomme au seuil de la mort dans lâesprit dâun Ă©rotisme morbide. Ce glissement du care Ă lâĂ©rotisme est rendu possible par la folie qui sâempare du malade qui voit sa mort venir avec lâ« exaltation spirituelle et la majestĂ© du mystĂšre oĂč il entrait dĂ©jà » (OA, 280). Denise se laisse, elle aussi, emporter par cette frĂ©nĂ©sie de lâagonie comme si elle ne faisait quâun avec Jean :
La crise morale qui avait Ă©voluĂ© depuis lâhiver prĂ©cĂ©dent, atteignait son paroxysme, et une sorte de folie sâemparait du cerveau de Denise. Ce nâĂ©tait plus la douleur ; ce nâĂ©tait pas lâamour ; câĂ©tait un Ă©tat de rĂ©volte furieuse contre le sort, un dĂ©sespoir sans plainte et sans larmes, un dĂ©sir morbide de souffrir et de mourir avec Jean⊠(OA, 310)
La fille Cayrol, dans un Ă©lan masochiste, passe de care giver Ă martyre. Câest prĂ©cisĂ©ment ce lien entre abnĂ©gation de soi et douleur que critique Tinayre lorsquâelle Ă©crit dans « Les sacrifiĂ©es » quâon enseigne dĂšs lâenfance aux filles quâ« une femme est faite pour plaire Ă lâhomme, se soumettre Ă lui et souffrir8 ». Bien que Denise suive Ă priori ce schĂšme intĂ©riorisĂ© â elle se donne Ă un homme pour apaiser ses souffrances et traverse une grossesse illĂ©gitime pour donner naissance Ă un fils qui mourra aussitĂŽt â, le dĂ©nouement laisse entrevoir une issue possible Ă cette malĂ©diction dâune existence sacrifiĂ©e pour les hommes Ă travers la rencontre de la mĂ©decin Marfa Kousmine qui, soutenant quâil est raisonnable de ressentir la pitiĂ© Ă condition de la rendre « clairvoyante » (OA, 376), appelle Ă une certaine sororitĂ© :
Rappelez-vous que je suis votre amie, que ma maison est la vĂŽtre⊠si jamais vous ĂȘtes seule, sans devoirs et sans affections, venez⊠Nous travaillerons ensemble⊠Il y aura toujours ici des mĂšres malheureuses Ă secourir, des enfants Ă soigner⊠(OA, 380)
La fin du roman ne dĂ©savoue donc pas le care giving fĂ©minin, mais invite plutĂŽt Ă une dĂ©marche collaborative qui se dĂ©roulerait en dehors de la sphĂšre privĂ©e â il sâagirait bien dâun « travail » â et qui soit suffisamment lucide pour Ă©viter les dĂ©bordements. Notons Ă©galement que Marfa Kousmine dĂ©peint des soins qui seraient dispensĂ©s par des femmes, pour des femmes, ce qui affranchirait la care giver de la domination masculine, laquelle est encore plus prĂ©gnante dans lâhistoire de Fortunade et Martial.
De lâaumĂŽne au suicide : lâultime sacrifice, un geste de self-care ?
Alors que la relation entre Denise et Jean met en lumiĂšre une vulnĂ©rabilitĂ© Ă©motionnelle qui pousse la femme vers un don charnel, celle de Fortunade et Martial explicite comment la vulnĂ©rabilitĂ© physique passe dangereusement du care receiver Ă la care giver. La jeune fille, que le docteur Cayrol dĂ©crit comme une « petite brune, maigriotte [âŠ] de dix-neuf ans, nĂ©vropathe, anĂ©mique et trĂšs suggestionable [que l]e couvent a dĂ©traquĂ©e » (OA, 49) incarne lâarchĂ©type de la femme sans dĂ©fense dans un monde patriarcal tel que le dĂ©crivent Max Horkheimer et Theodor W. Adorno dans La dialectique de la raison :
La femme Ă©tait plus petite et plus faible, il y avait entre elle et lâhomme une diffĂ©rence quâelle ne pouvait surmonter, une diffĂ©rence imposĂ©e par la nature, la chose la plus humiliante et la plus dĂ©gradante que lâon put imaginer dans une sociĂ©tĂ© virile. Pour ceux qui considĂšrent que la domination de la nature est le vĂ©ritable objectif, lâinfĂ©rioritĂ© biologique reste une marque indĂ©lĂ©bile, la faiblesse imprimĂ©e par la nature, la cicatrice qui invite aÌ la violence9.
Le schĂ©ma primitif de domination de lâhomme sur la femme est exploitĂ© par Tinayre particuliĂšrement dans le dix-neuviĂšme chapitre oĂč lâhomme qui sâĂ©tait « laissĂ© mettre le collier au cou » (OA, 241) assoit sa supĂ©rioritĂ© une fois guĂ©ri. Ce moment dĂ©terminant se construit dans lâesprit dâune dynamique prĂ©dateur-proie, Fortunade Ă©tant assimilĂ©e Ă une « ouaille » (OA, 241) â mot renvoyant soit Ă la brebis, soit Ă une fidĂšle chrĂ©tienne, deux acceptions qui siĂ©ent au personnage â et Martial Ă une « BĂȘte invisible, innommable » (OA, 247) dont lâombre tel un « chien fantĂŽme » (OA, 245), poursuit sa prochaine victime :
Il fit un mouvement. Elle ne recula pas⊠Droite elle le regardait, les yeux dans les yeux, car ce demi-sauvage Ă©tait pareil aux chiens fĂ©roces, vite excitĂ©s par la terreur quâils inspirent, et dĂ©concertĂ©s par lâĂ©nergie calme dâun ĂȘtre faible. Bien des fois, Veydrenne avait eu presque peur de Fortunade. Jamais il ne lâavait touchĂ© du doigt. Elle lui inspirait un respect qui nâĂ©tait pas fait seulement de reconnaissance pour la bontĂ©, dâadmiration pour le courage, un respect qui ressemblait Ă celui quâon a pour certaines bĂȘtes innocentes : y toucher porte malheur⊠Fortunade Ă©tait le fĂ©tiche vivant de Veydrenne [âŠ] Et puis, dĂšs quâil avait travaillĂ©, la fille nâĂ©tait plus venue au Chastang⊠Malice de femelle?... ou quoi!... Il la regrettait, et dans son regret naissait une rancune qui allait grandir, grandir, jusquâĂ la haine, Ă mesure que tomberait le prestige presque surnaturel de Fortunade. Et la rancune, dĂ©jĂ , se mĂ©langeait dâun obscur dĂ©sir⊠Le temps approchait oĂč la jeune fille ne serait plus mystĂ©rieuse et intangible comme lâhirondelle, le grillon, la bĂȘte Ă bon Dieu⊠Mais ce temps nâĂ©tait pas encore venu (OA, 262-264).
Ce passage proleptique allant du « respect » Ă une « haine » mĂȘlĂ©e de « dĂ©sir » annonce le malheur qui attend Fortunade. La frĂȘle jeune fille perd peu Ă peu lâaura protectrice que garantissait auparavant la vulnĂ©rabilitĂ© et la dĂ©pendance de lâhomme blessĂ©. La force tranquille qui Ă©mane de sa bienveillance dĂ©sarçonne Martial habituĂ© Ă ĂȘtre craint de tous, et le pousse, paradoxalement, vers lâagression. Comme lâexplique Anne Dufourmantelle, la douceur, concept quâelle associe au « prendre soin10 » et qui comporte les mouvements dâaccueil et de don11, « provoque de la violence, car elle nâoffre aucune prise au pouvoir12 ». La douceur de Fortunade incline donc Martial au viol, un viol qui sans ĂȘtre dĂ©crit, est attestĂ© aprĂšs lâautopsie qui rĂ©vĂšle que la dĂ©funte Ă©tait enceinte lorsquâelle avait mis fin Ă ses jours en se jetant dans lâInferno, ce cours dâeau « [semblant] vraiment lâĂ©norme queue du cheval pĂąle de lâApocalypse » (OA, 320). Le suicide par noyade rapproche Fortunade dâOphĂ©lie, une analogie significative si lâon admet quâ« [e]ntre la folie de la femme amoureuse et le renoncement Ă soi de la femme humiliĂ©e, abusĂ©e, la frontiĂšre est tĂ©nue13 ». Cependant, le personnage tinayrien se prĂ©sente comme une variante maculĂ©e du mythe dâOphĂ©lie14, qui sâĂ©rige notamment sur lâidĂ©e dâune « mort qui prĂ©serve Ă jamais de la souillure et sacralise la femme jusquâĂ la sanctification15 ». Cet Ă©cart par rapport Ă lâidĂ©al virginal double le sacrifice, car la femme emporte avec elle lâenfant en son ventre, elle tue le possible de la maternitĂ© qui recĂšle en lui-mĂȘme un pouvoir fascinant et inquiĂ©tant16. La dimension subversive est dâautant plus grande quâune femme qui se sacrifie, comme lâexplique Durfourmantelle,
dĂ©cide elle-mĂȘme de sa fin, et câest lĂ quâelle met en Ă©chec toute forme de pouvoir. Ce que dit son corps câest quâil est inaliĂ©nable, quâil Ă©chappera in fine Ă toute forme de rĂ©cupĂ©ration, fĂ»t-elle posthume, que la scĂšne ouverte oĂč se joue le drame nâest en dĂ©finitive quâune coulisse dont elle garde secrĂšte les issues17.
Alors que les deux protagonistes fĂ©minines ne sâarrogeaient pas de vĂ©ritable puissance dâagir en se soumettant aux besoins des hommes, le suicide de Fortunade intervient dans le rĂ©cit comme une prise de pouvoir sur le destin. En choisissant la mort, la jeune femme reprend paradoxalement possession de sa vie. Le geste tragique devient symboliquement lâunique geste de self-care fĂ©minin du roman ; il devient un moyen de se rĂ©approprier son ĂȘtre en dehors de la violence des hommes.
LâOmbre de lâamour se distingue des Ćuvres antĂ©rieures de Marcelle Tinayre dans lesquelles les hĂ©roĂŻnes, bien quâanimĂ©es dâune quĂȘte identitaire, traversent typiquement des pĂ©ripĂ©ties qui les conduisent vers lâamour18. En effet, les deux protagonistes ne sont pas Ă la recherche du bonheur conjugal, mais aspirent plutĂŽt Ă un certain idĂ©al moral Ă une Ă©poque oĂč lâon considĂšre que les femmes sont faites pour lâaltruisme et lâabnĂ©gation, et que tout individualisme de leur part est perçu dâun mauvais Ćil et pris pour de lâĂ©goĂŻsme19. La fin sombre du rĂ©cit met en garde contre ce dĂ©vouement inconditionnel de la femme qui menace son intĂ©gritĂ© en la tenant Ă la merci des besoins et du dĂ©sir masculins. Dans cette optique, le suicide de Fortunade subvertit lâordre Ă©tabli en impulsant un recueillement fĂ©cond qui met en lumiĂšre les Ă©garements possibles du care et interroge la puissance du sujet dit vulnĂ©rable.
Références bibliographiques
Corpus primaires
Tinayre, Marcelle, LâOmbre de lâamour, Paris, Nelson, 1909.
Corpus critique
Collado, MĂ©lanie E., Colette, Lucie Delarue-Mardrus, Marcelle Tinayre : Ă©mancipation et rĂ©signation, Paris, LâHarmattan, coll. « Espaces LittĂ©raires », 2003.
Cousseau, Anne, « OphĂ©lie : histoire dâun mythe fin de siĂšcle », Revue dâhistoire littĂ©raire de la France, no 101, 2001, p. 105-122.
Dufourmantelle, Anne, La femme et le sacrifice : dâAntigone Ă la femme dâĂ cĂŽtĂ©, Paris, DenoĂ«l, 2007.
Dufourmantelle, Anne, Puissance de la douceur, Paris, Manuels Payot, 2013.
Grenaudier-Klijn, France, Une littérature de circonstances : texte, hors-texte et ambiguïté générique à travers quatre romans de Marcelle Tinayre, Berne, Peter Lang, 2004.
Horkheimer, Max et Theodor W. Adorno, La dialectique de la raison : fragments philosophiques, trad. Ăliane Kaufholz, Paris, Gallimard, 1974 [1947].
Tinayre, Marcelle, La RĂ©volte dâĂve : chroniques et autres textes, prĂ©face de France Grenaudier-Klijn et textes rĂ©unis par Alain Quella-VillĂ©ger, Paris, Ăditions des femmes-Antoinette Fouque, 2017.
âMarcelle Tinayre, « Les sacrifiĂ©es », dans La RĂ©volte dâĂve : chroniques et autres textes, textes rĂ©unis par Alain Quella-VillĂ©ger, Paris, Ăditions des femmes-Antoinette Fouque, 2017, p. 24.â©ïž
France Grenaudier-Klijn, « PrĂ©face », dans Marcelle Tinayre, La RĂ©volte dâĂve : chroniques et autres textes, op. cit., p. 8.â©ïž
Voir MĂ©lanie E. Collado, Colette, Lucie Delarue-Mardrus, Marcelle Tinayre : Ă©mancipation et rĂ©signation, Paris, LâHarmattan, coll. « Espaces LittĂ©raires », 2003, p. 15.â©ïž
Voir ibid., p. 15-16.â©ïž
Marcelle Tinayre, LâOmbre de lâamour, Paris, Nelson, 1909. DorĂ©navant, les rĂ©fĂ©rences Ă cette Ćuvre seront indiquĂ©es entre parenthĂšses dans le corps du texte par le sigle OA, suivi du numĂ©ro de page.â©ïž
Lors dâun dialogue avec Denise, Jean sâemporte au sujet de la pitiĂ© : « Je dĂ©teste la pitiĂ©, sâĂ©cria Jean, la pitiĂ© qui marque un homme et le met Ă part des autres, et falsifie tous les sentiments quâil inspireâŠIl appelle lâamour ou lâamitiĂ©? Câest toujours la pitiĂ© qui rĂ©pond. Elle prend tous les visages et toutes les voix ; elle est lâombre de lâamitiĂ© ; elle est lâombre de lâamour⊠» (OA, 161).â©ïž
Ă la fin du roman, la mĂ©decin Marfa Kousmine sâadresse Ă M. Lapeyrie, le parrain de Jean et lâoncle de Denise : « Lâhomme est lĂąche devant la mort ; la femme est lĂąche devant la souffrance de lâhomme. La pitiĂ© devient complice de lâĂ©goĂŻsme⊠Et des malheureux sont condamnĂ©s Ă naĂźtre⊠[âŠ] Ce nâest pas supprimer la pitiĂ© que de la rendre clairvoyante⊠Croyez-vous que je ne sache pas compatir Ă toutes les misĂšres, physiques et morales? Une femme mĂ©decin qui aurait lâĂąme dure serait un monstre⊠Il y a dans nos Ăąmes une source de tendresse et de compassion qui coule, largement, pour tous les misĂ©rables⊠Mais ce sentiment, en aucun cas, ne doit, ne peut devenir de lâamour⊠» (OA, 376).â©ïž
Marcelle Tinayre, « Les sacrifiĂ©es », loc. cit., p. 24.â©ïž
Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, La dialectique de la raison : fragments philosophiques, trad. Ăliane Kaufholz, Paris, Gallimard, 1974 [1947], p. 271.â©ïž
Voir Anne Dufourmantelle, Puissance de la douceur, Paris, Manuels Payot, 2013, p. 26.â©ïž
Ibid., p. 11.â©ïž
Ibid., p. 12.â©ïž
Anne Dufourmantelle, La femme et le sacrifice : dâAntigone Ă la femme dâĂ cĂŽtĂ©, Paris, DenoĂ«l, 2007, p. 153.â©ïž
LâOphĂ©lie shakespearienne connaĂźt dans la littĂ©rature et les arts de la seconde moitiĂ© du XIXe siĂšcle en France une Ă©laboration mythique qui lâautonomise par rapport Ă la piĂšce Ă laquelle elle se rattache. Le mythe autour de cette hĂ©roĂŻne tragique a grandement Ă©tĂ© forgĂ© par lâiconographie prĂ©raphaĂ©lite qui reprenait principalement deux Ă©lĂ©ments du rĂ©cit â la folie et la noyade â tout en accordant une place importante au dĂ©cor naturel composĂ© typiquement du cours dâeau mortifĂšre, dâune vĂ©gĂ©tation luxuriante et des fleurs ayant accompagnĂ© la sacrifiĂ©e dans sa chute. Voir Anne Cousseau, « OphĂ©lie : histoire dâun mythe fin de siĂšcle », Revue dâhistoire littĂ©raire de la France, no 101, 2001, p. 81.â©ïž
Ibid., p. 89.â©ïž
Anne Dufourmantelle, La femme et le sacrifice, op. cit. , p. 42.â©ïž
Ibid., p. 158.â©ïž
France Grenaudier-Klijn, Une littĂ©rature de circonstances : texte, hors-texte et ambiguĂŻtĂ© gĂ©nĂ©rique Ă travers quatre romans de Marcelle Tinayre, Berne, Peter Lang, 2004, p. 20.â©ïž
MĂ©lanie E. Collado, op. cit., p. 36-37.â©ïž