Le projet
Présentation
Depuis la Seconde Guerre mondiale continue de s’imposer une multitude de figures de femmes au travail, présentées comme étant naturellement au service d’autrui, assignées au silence, en sacrifiant leur corps et souvent leurs aspirations individuelles. Dans le projet « Donner voix aux care-givers, nous nous pencherons, d’une part, sur les pratiques et postures du care-giving assignées aux figures de femmes pour observer le traitement littéraire de leur action, prise de parole et potentielle agentivité ; et d’autre part, sur la difficulté à prendre soin d’elles-mêmes qui touche nombre de nounous, infirmières, femmes de ménage et accompagnatrices de malades. Nous réévaluerons diverses pratiques du « prendre soin » à la lumière du corpus francophone à l’étude et des éthiques du care, pour mettre en lumière les mécanismes de l’invisibilisation et de la réduction au silence historiques des care-givers autant dans la sphère privée que dans l’espace public. Notre projet s’inscrit explicitement dans le dialogue entre cette réalité politique et socioéconomique des femmes care-givers confinées dans une position de vulnérabilité à divers niveaux, et les visions, parfois paradoxales, que proposent les écrivain·es et cinéastes du corpus à l’étude.
À l’écoute des « voix différentes », notamment en démocratie, les théories du care n’ont pas encore permis une réflexion plus globale, en dialoguant avec la littérature, sur les violences historique et contemporaine faites aux femmes au service d’autrui. Notre projet sur les enjeux du « prendre soin » dans et par la littérature permettra justement de faire comprendre combien la littérature et l’art font entendre des paroles étouffées et mettent en garde contre une perception consensuelle du care-giving au féminin. Il s’agira d’interroger de façon critique l’écart entre les études contemporaines sur la nécessité de revaloriser le travail de care et les productions culturelles.
Notre projet a l’ambition de marquer un avancement majeur des connaissances dans la recherche francophone concernant l’étude des pratiques et des défis du care-giving tel que vécu par les figures de femmes dans les littératures de langue française depuis 1945, dans le domaine de la pensée féministe ainsi que dans les études du care sensibles à l’approche intersectionnelle.Nous contribuerons à la sensibilisation citoyenne critique quant à la triade « femmes/souci d’autrui/service » comme structure inégalitaire au cœur des sociétés occidentales. En combinant les outils de l’analyse littéraire, les théories du care ainsi que les études féministes et de genre, nous poserons des questions de société urgentes sur la voix des femmes, la sexuation du travail, la pensée du « prendre soin » comme fondement démocratique du vivre-ensemble, de même que sur la dignité et les rapports entre travail de care, vulnérabilité et subalternité depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les études sur le care en littérature sont encore largement déficientes dans le domaine francophone : aussi, notre projet se propose 1) de combler cette importante lacune de recherche que constituent les représentations de la sollicitude, du soin et de la subalternité dans les littératures de langue française, de 1945 à nos jours, et 2) de créer et de partager un espace de recherche où se feront entendre les voix des care-givers telles qu’elles se présentent dans la littérature. En partant du présupposé que le « prendre soin » d’autrui serait encore davantage l’apanage des femmes que celui des hommes, nous verrons comment la littérature reprend ou défait, interroge et détourne certains paradoxes liés à cette essentialisation des pratiques et des sphères du care, à travers l’analyse de textes littéraires et d’un corpus complémentaire composé de films et de téléséries.
Calendrier des activités
Tout au long du projet
Cercles de lecture consacrés aux oeuvres littéraires.
Ciné-discussions autour de la projections de films en collaboration avec Ciné-Campus, le Evans Theatre, l’auditorium du Campus Saint-Jean et Ciné Trois-Rivières
Publication d’études sur les oeuvres littéraires et filmiques
2026-2027 (1ère année)
Recherches et analyses bibliographiques consacrées à la période des années 50 à 70.
2027-2028 (2ème année)
« Care & littérature : quelle(s) théorie(s) ? » - Ateliers organisés sur les trois campus (Université de Montréal, Université du Québec à Trois Rivières, Brandon University, University of Alberta).
« Who cares ? » - Série d’entretiens et de rencontres interdisciplinaires autour du care et de ses enjeux contemporains (prolongation jusqu’en 2030)
Dossier de publication dans la revue Tangence
2028-2029 (3ème année)
« Who cares ? » - Réalisation et diffusion de balados
Journée d’ateliers à la bibliothèque de l’Université de Montréal
Travaux préparatifs pour l’exposition prévue l’année suivante.
2029-2030 (4ème année)
Littératures : modes d’emploi - Expo-installation prévue à l’automne 202
L’équipe
Chercheur.e.s
Crédit image : Connie Caputo
Andrea Oberhuber
Chercheuse principale
Andrea Oberhuber est professeure titulaire au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal où elle enseigne les littératures française et québécoise, notamment l’écriture des femmes (XIXᵉ-XXIᵉ siècles), les avant-gardes historiques et la photolittérature. Son essai hybride Corps de papier. Résonances est paru en 2012 chez Nota bene. Elle a co-organisé plusieurs expositions, notamment sur l’histoire du livre illustré, la maison d’édition Gallimard, la figure de la jeune fille, et le Livre surréaliste au féminin. Depuis 2018, elle est directrice de l’antenne Figura-UdeM, Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire.